La “journée” de la jupe, c’était du 16 mars au 03 avril. Oui, oui, mes articles semblent faire partie d’une lutte vindicative sur le thème de la femme, mais vous saurez me pardonner ces écarts. Cela ne durera plus longtemps.
Je suis étudiante Sage-Femme. Lors d’un des nombreux débats qui agitent notre petite classe en cours de Psychologie, nous avons parlé de la place de la femme dans notre société. Notre professeur qui fait également médiateur avec plus ou moins de talent nous avait alors parlé de cette initiative qu’est la journée de la jupe, mise en place en 2006 au collège Malifeu de Rennes (Villejean). Sur le coup… j’ai trouvé ça lourd, comme idée. On nous les brise, avec toutes ces journées commémoratives, ces journées de la femme, ces journées du SIDA, ces journées du racisme, ces fêtes des mères, ces fêtes des pères, ces fêtes des grands-mères (quid des grands-pères???)… une journée de la jupe maintenant? J’avais pensé faire un article là dessus sur mon blog, idée que j’avais finalement abandonnée faute d’intérêt.
Voilà que ce matin, nous avons encore eu Psychologie, et qu’une fille de ma classe, Gladys, a parlé du stage qu’elle a réalisé avant les vacances de Pâques. (nous faisons ainsi les débats : nous parlons d’une des expériences que nous avons eu sur notre terrain de stage, puis soit ça tourne à la thérapie, soit ça dérive sec). Gladys a été en stage de prévention dans une association qui va auprès des jeunes parler de ce qui leur chante. Drogue, sexe, alcool… là, ils avaient décidé de parler de ce qui était arrivé dans leur lycée : une fille avait été filmée pendant qu’elle entretenait des rapports sexuels avec un (des) garçon(s). La vidéo a bien sûr tourné dans le lycée. Les membres de l’association, dont ma collègue, ont donc demandé s’ils trouvaient cette situation juste, normale, choquante… la réponse a été étonnante:
Vu que la jeune fille semblait regarder l’objectif à un moment du film, elle a été considérée comme “consentante”. Ce regard là a été compris (utilisé?) comme une autorisation à diffuser le film et tout simplement à continuer la vidéo.”C’est de sa faute” “De toute manière, elle le cherchait, elle se fringuait comme une pute”.
Ce genre de récit, nous l’avons tous entendu au moins une fois. Je commence juste à m’inquiéter de l’incroyable recrudescence de cas qui portent jusqu’à mes oreilles; on m’a raconté une chose semblable pas plus tard qu’il y a un mois, qui se serait passée à St Malo. C’est effrayant. Ai-je donc été dans les seuls établissements où ce genre d’histoires n’existe pas? (ne s’ébruite pas?) Pourquoi les “jeunes” disent ce genre de choses? Pourquoi ne sont-ils pas du côté de la victime? Qu’a-t-elle donc bien pû faire à chaque élève de l’établissement pour qu’ils la stigmatisent ainsi alors qu’elle a été la cible d’un viol public ou en tout cas de rapports sexuels plus ou moins consentis devant d’autres garçons? C’est incroyable. On a du mal à y croire.
Alors oui, pourquoi ces situations existent-elles? Voilà l’ébauche de discussion que nous avons eu. Je vais vous en livrer les premières pistes.
Tout d’abord, cela tiendrait à la liberté sexuelle qu’a revendiquée la femme. (lire La transformation de l’intimité (Anthony giddens)). C’est vrai : il y a cent ans, le fait qu’une femme éprouve du plaisir pendant les relations sexuelles n’était vraiment pas un sujet d’actualité, pas plus qu’elle n’avait le droit tacite d’avoir des partenaires sexuels au lieu d’un seul mari qui lui, n’hésitait sans doute pas à aller aux putes; un orgasme pouvait mener à l’asile, à une époque…imaginez un peu. Et à quoi sommes nous arrivés? En moins de 100 ans, les femmes ont obtenu le droit de choisir et d’avoir plusieurs partenaires dans leur vie, sans pour autant devoir forcément s’attacher à vie devant Dieu. Les femmes ont voulu obtenir les mêmes libertés sexuelles que les hommes… “maintenant elles le payent” a dit une de mes collègues. Le fait d’avoir cette position de libérée sexuelle implique que la femme n’a plus à être protégée psychologiquement des implications de cette liberté. “Tu es prête à baiser avec des hommes? En voici en voilà. Et c’est toi qui l’a voulu.” Dès lors… ce n’est même plus considéré par les autres comme un viol. J’avais regardé zone interdite (oui oui) qui traitait ce sujet. Les jeunes garçons disaient “elle, on savait qu’on pouvait la baiser. Tout le monde savait qu’elle couchait avec des mecs”.
C’est se leurrer que de croire que les hommes et les femmes sont identiques. C’est faux. Cela ne tient pas qu’aux organes sexuels, c’est aussi dans la tête… rares ont été (et sont) les femmes qui collectionnent les amants, contrairement aux hommes qui semblent si facilement le faire. On a beau en avoir le droit, on ne le fait pas. Combien de fois ai-je été accostée dans la rue par des gars parce qu’ils voulaient coucher? Je ne suis pas belle et sans doute pas très désirable, et je ne pense même pas que ça influe. Ils veulent juste coucher. Je n’ai jamais vu de femmes faire de même avec des hommes, sauf les putes bien sûr, mais c’est contre rétribution qu’elles couchent. Pas les hommes. Moeurs? Psychologies sexuelles? Les femmes ont voulu une liberté qu’elles ne consommeront sans doute jamais comme les hommes. Car si l’égalité sexuelle existait, la fille sur la vidéo aurait prit son pied comme le garçon. Mais non. C’est la soumission de la jeune fille qui était exposée dans cette vidéo. C’était ça que les garçons recherchaient en la filmant.
Nous avons également évoqué les médias. Ah… les médias. A bas les médias ! Les médias nous mentent ! C’est vrai, quelle fille tient la concurrence face à une Clara Morgane? Quelle fille a un déhanché aussi chaud que celui de Shakira? Les filles sur les clips musicaux sont quasiment nues, super bien foutues, sexy, désirables… alors bien sûr, on fait toutes le sacro-saint “on s’en fout, elles sont connes”. Mais ça reste de la défense de bas niveau. On ne rivalisera jamais. Tous les gars ont sans doute déjà regardé des pornos, des clips, ils ont déjà vu ce qu’il y a de mieux à voir en terme de sexualité. Que faire pour rivaliser? Et bien… déjà on s’habille comme les stars. On s’exhibe. On veut avoir un teint bronzé comme les actrices hollywoodiennes, on veut être des “sex appeals” on veut intéresser les hommes quoi.
Puisqu’ils ont déjà tout vu… c’est peine perdue. Il reste tout ce qu’il n’ont pas encore fait. Alors telle fille couchera une fois, espérant peut-être s’attacher un garçon dont elle est amoureuse. Puis ce garçon est plus idiot que la moyenne. Il insiste pour faire ça à 3 ou plus, parce qu’il a vu un porno et que ça l’a terriblement excité. Elle, elle l’aime et elle veut le garder alors que faire, que dire? Elle accepte. Ca filme. Ca tourne dans le lycée. Elle déménage.
Gladys a dit que la fille du film a déménagé, elle aussi. L’histoire l’a rattrapée au bout de 3 semaines, dans son nouveau lycée… pourquoi est-ce elle qui a déménagé? Pourquoi pas tous ces garçons dont l’attitude est à blêmir de honte? C’est là peut-être qu’on comprend mieux le but de la journée de la jupe. Parce que le premier argument avancé par les garçons pour se défendre dans ce genre de situation c’est le “elle a commencé, elle s’habille comme une pute”. Et dans nombre de lycées… la jupe, c’est le symbole de la pute. C’est celle qui montre ses jambes. Gladys disait que ce genre de réflexion n’avait jamais été aussi violent que dans une classe exclusivement féminine, parce que celles qui portent la jupe sont vues comme celles qui incitent à la bestialité, ce sont elles qui cautionnent le comportement des garçons, qui les invitent à aller plus loin. Cela signifie que dans une classe mixte, et devant un viol dans cette classe, les garçons se serreront les coudes en disant qu’elle les avait incité à coucher par son attitude, et les filles lui cracheront dessus parce qu’elle a volé l’attention de toute la gent masculine.
La journée de la jupe doit être comprise comme une manière ludique et pédagogique d’apprendre à s’accepter l’un l’autre; et même si on montre ses jambes… ça n’ira pas plus loin. Après tout, le celèbre adage dit bien “l’habit ne fait pas le moine”.
Quelques liens pour approfondir :
http://printempsdelajupe.com/accueil.php
http://www.ouest-france.fr/2007/03/30/rennes/La-jupe-se-taille-la-vedette-a-Malifeu-50834879.html
http://www.genaisse.com/forums/viewtopic-15310.html
http://lajupe.site.voila.fr/page6.html
(ndr : Il me semble évident qu’il existe aussi des hommes très bien. Une majorité peut-être, mais c’est moins évident chez les adolescents. Je ne vise personne dans cet article, et si mes propos semblent globaliser (comme d’habitude) ils sont pourtant dans l’intention très ciblés. Les hommes ne sont pas tous des bêtes, les femmes ne sont pas toutes des saintes nitouches, mais c’est vrai que mon texte semble très orienté dans ce sens… tant pis :p)